*
-Pshhhhht !
Un steak qu'elle fait cuire, tout juste saignant, comme l'aime son mari. Sur le plan de travail il y a un saladier rempli de petits pois, et un autre de cosses. La cuisine sent bon l'amour qu'elle met dans ses plats.
-Riiing !
Elise laisse la viande rouge sur la plaque chauffante, abandonne ses douces rondeurs et court vers le téléphone.
-Allô chérie ?! Oui c'est moi... Ah c'est super... Mais je suis désolé, je rentre tard ce soir... Oui promis... Je t'aime.
Elle raccroche. Elle sait à quel point il prononce ce "je t'aime" à regret, parce qu'il regrette que sa femme soit devenue laide, qu'elle ne ferme plus la porte des toilettes quand elle va pisser le
matin, parce que ses plats sont éxécrabes. Elle pense qu'il la trompe. Mais comme elle n'en est pas sure elle fait comme si de rien n'était. Elle cuisine, fait le ménage et va chercher les enfants à l'école tout les jours, comme la gentille épouse parfaite. Une odeur de roussi envahi la cuisine ou elle se précipite. Merde ! Elle a complètement oublié d'enlever la viande. Quand elle la retire de la poêle, la matière grasse grésille sur le téfal. Elle la pose sur une assiette. Contraste saisisant entre la noirceur de la viande cramé et la blancheur de la vaiselle en porcelaine. Elle apelle les enfants et les fait manger. Les petites têtes brunes font la moue : l'une fait rouler ses petits pois dans son assiette, qui se retrouvent un à un sur la belle nappe en dentelle. Quand à l'autre elle écrase et transperce les légumes comme on le ferait avec ce papier transparent à bulle... Elise les regarde manger les yeux dans le vague quand une des fillettes lui tire la manche en lui réclamant du jambon. La femme se lève, comme un automate, ouvre le frigo et en sort un paquet de jambon qu'elle déchire en essayant de l'ouvrir. Elle en extripe deux tranches de jambon qu'elle met dans chacune des assiettes et va s'étendre sur le canapé, fatiguée. Quand elle se réveille, la maison est calme et endormie. Sur la table il y a deux assiettes: l'une est encadré par des petits pois, l'autre est parsemée de taches vertes écrasées irrégulièrement ; après c'est un paquet de jambon vide et des miettes de pain qu'elle doit nettoyer. Elle s'empresse de tout faire, et dispose encore deux autres assiettes. Dans l'une elle met des petits pois, dans l'autre elle ajoute en plus la viande, brûlée d'un côté, rouge de l'autre et froide à l'excès. Elle s'assied et attend. Elle joue elle aussi avec le contenu de son assiette et aligne les grains verts sur les dents de sa fourchette. Vers trois heures et demie du matin son mari entre. Il n'a pas vu que sa femme l'attendait attablée dans le noir. Il se dirige vers la chambre et referme la porte. Il répand dans son sillage une odeur de femme. Chanel n°5. Sa femme ne se parfume pas, ne se maquille plus depuis longtemps, a les ongles coupés court et une coupe de cheveux innomable. Maintenant elle sait avec certidude qu'elle n'est plus la seule. Elle avale tout les petits pois qui sont sur sa fouchette, hésite a faire de même avec ceux qui restent, et finalement elle prend la viande. Elle est si dure et caoutchouteuse qu'elle a l'impression de mastiquer du plastique. Elle n'a même pas la force d'en pleurer. Elle lui fera de la viande à point tout les soirs maintenant. Il n'aime pas ça. De toute manière elle ne sait même pas si il y touchera. Et les gamines auront des pâtes, parce que les petits pois c'est trop long à préparer et à nettoyer.
-Pshhhhht !
Un steak qu'elle fait cuire, tout juste saignant, comme l'aime son mari. Sur le plan de travail il y a un saladier rempli de petits pois, et un autre de cosses. La cuisine sent bon l'amour qu'elle met dans ses plats.
-Riiing !
Elise laisse la viande rouge sur la plaque chauffante, abandonne ses douces rondeurs et court vers le téléphone.
-Allô chérie ?! Oui c'est moi... Ah c'est super... Mais je suis désolé, je rentre tard ce soir... Oui promis... Je t'aime.
Elle raccroche. Elle sait à quel point il prononce ce "je t'aime" à regret, parce qu'il regrette que sa femme soit devenue laide, qu'elle ne ferme plus la porte des toilettes quand elle va pisser le
matin, parce que ses plats sont éxécrabes. Elle pense qu'il la trompe. Mais comme elle n'en est pas sure elle fait comme si de rien n'était. Elle cuisine, fait le ménage et va chercher les enfants à l'école tout les jours, comme la gentille épouse parfaite. Une odeur de roussi envahi la cuisine ou elle se précipite. Merde ! Elle a complètement oublié d'enlever la viande. Quand elle la retire de la poêle, la matière grasse grésille sur le téfal. Elle la pose sur une assiette. Contraste saisisant entre la noirceur de la viande cramé et la blancheur de la vaiselle en porcelaine. Elle apelle les enfants et les fait manger. Les petites têtes brunes font la moue : l'une fait rouler ses petits pois dans son assiette, qui se retrouvent un à un sur la belle nappe en dentelle. Quand à l'autre elle écrase et transperce les légumes comme on le ferait avec ce papier transparent à bulle... Elise les regarde manger les yeux dans le vague quand une des fillettes lui tire la manche en lui réclamant du jambon. La femme se lève, comme un automate, ouvre le frigo et en sort un paquet de jambon qu'elle déchire en essayant de l'ouvrir. Elle en extripe deux tranches de jambon qu'elle met dans chacune des assiettes et va s'étendre sur le canapé, fatiguée. Quand elle se réveille, la maison est calme et endormie. Sur la table il y a deux assiettes: l'une est encadré par des petits pois, l'autre est parsemée de taches vertes écrasées irrégulièrement ; après c'est un paquet de jambon vide et des miettes de pain qu'elle doit nettoyer. Elle s'empresse de tout faire, et dispose encore deux autres assiettes. Dans l'une elle met des petits pois, dans l'autre elle ajoute en plus la viande, brûlée d'un côté, rouge de l'autre et froide à l'excès. Elle s'assied et attend. Elle joue elle aussi avec le contenu de son assiette et aligne les grains verts sur les dents de sa fourchette. Vers trois heures et demie du matin son mari entre. Il n'a pas vu que sa femme l'attendait attablée dans le noir. Il se dirige vers la chambre et referme la porte. Il répand dans son sillage une odeur de femme. Chanel n°5. Sa femme ne se parfume pas, ne se maquille plus depuis longtemps, a les ongles coupés court et une coupe de cheveux innomable. Maintenant elle sait avec certidude qu'elle n'est plus la seule. Elle avale tout les petits pois qui sont sur sa fouchette, hésite a faire de même avec ceux qui restent, et finalement elle prend la viande. Elle est si dure et caoutchouteuse qu'elle a l'impression de mastiquer du plastique. Elle n'a même pas la force d'en pleurer. Elle lui fera de la viande à point tout les soirs maintenant. Il n'aime pas ça. De toute manière elle ne sait même pas si il y touchera. Et les gamines auront des pâtes, parce que les petits pois c'est trop long à préparer et à nettoyer.



