Divagations intérieures d'un ornythorinque. Photo

 Divagations intérieures d'un ornythorinque. Photo
"-Je ne suis plus rien. Chaque période de ma vie doit se terminer par ma non-existence auprès d'une personne que j'aime. Je ne suis plus rien. Vrai, je pourrais effacer, tourner la page, cesser de m'attacher à quiquonque croisera ma route. Mais on oublie pas. On oublie pas qu'on a senti que quelqu'un nous estimait, qu'on pouvait rire des moindres conneries, et ce soleil couchant sur l'herbe frémissant au vent qui nous rendait vivant. On a beau essayer de mettre une distance entre nous et les autres pour ne pas souffrir, on finit par se rendre compte qu'il n'aurait pas fallu. Et on souffre. Et quelle est la finalité de tout ces rapports ? Des milliers de tombes. Et nous ne sommes plus rien, nous somme un gigantesque rien. On est heureux et puis c'est la chute libre vers le fond des abîmes. Dans le plus sombre recoin de notre pensée, on dissimule tout ce qui doit l'être à nos yeux et on affiche un sourire réjouit devant le monde. Ce rien en devenir. Mais nous sommes creux, juste emplis de ce profond désespoir. Pour des riens. Mais ces riens n'empêchent pas notre souffrance. "

La fille a les larmes aux yeux, s'arrache la peau du visage en hurlant de désespoir. Sa bouche se tord dans un affreux rictus entrecoupé de hoquets éplorés, ses sourcils tressautent, se crispent, ses paupières ouvrent et ferment le manteau d'arlequin de sa perception du monde. Elle est seule sur une chaise, des milliers de papiers épars à ses pieds nus et grelotants. Une robe blanche recouvre à peine sa peau abîmée. Les fenêtres sont grandes ouvertes et les rideaux s'évadent de la salle...
-Coupez ! C'est dans la boîte.

Petite-Prince
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 14 juin 2008 18:08

Lycée Jean Moulin -deux

Non! La sonnerie retentit, stridente. Les habituels piaillements retentissent, certains se plaquent bien vite les mains sur leurs oreilles, dans l'espoir, illusoire, d'atténuer ce détestable signal de notre libération. Non, non, je ne veux pas partir. Je ne veux pas me lever de ma chaise inconfortable, je ne veux pas ramasser mes cahiers et feuilles éparses pour les fourrer au fond de mon sac, je ne veux pas être la dernière à quitter ma classe, passant devant les yeux interrogateurs du prof habitué au contraire à voir ses élèves si ruer hors de la salle, pour me heurter une fois de plus au monde extérieur. Je ne le veux pas, mais je le fais. Je reviens peu à peu à la réalité, quittant le monde sublime de la poésie, des longues envolées lyriques, de la passion, ce monde où je me sens si bien, comme si je pouvais me rouler en boule au creux de chaque vers, retrouvant momentanément la paix. Un semblant de bonheur.
Bousculée, frappée par des épaules indifférentes, fauchée par les sacs négligemment balancés, je tente de me couler dans la foule, doucement, de me fondre dans ce grand corps mouvant qui s'écoule lentement par les sorties. Je suis emportée loin de mon casier, où il faut pourtant absolument que je passe, mais qu'importe, je suis tellement bien, là, pressée dans cette humanité débordante, perdue au milieu de tant d'inconnus. Pendant quelques secondes, je m'oublie, je deviens une anonyme parmi tant d'autres. Je ne suis plus moi.
Une fois sortie, plantée seule sur le perron, je finis par reprendre mes esprits, bien malgré moi, et je fais demi tour. Des visages presque moqueurs se tournent vers moi, mais je n'y fais pas attention. N'y fais plus attention. Je jette mes livres dans mon casier, en récupère un autre. Je me dirige ensuite vers l'issue de secours. Je sais parfaitement que je n'ai absolument pas le droit de l'utiliser ainsi et que si quelqu'un m'apercevait j'aurais sans doute de graves ennuis... Mais cette sortie m'offre le double avantage de déboucher à seulement quelques mètres de mon arrêt de bus, et surtout de m'éviter d'avoir à traverser la rue devant mon lycée. Tous les élèves ont l'habitude d'y rester traîner entre amis après les cours, riant, discutant, se bousculant, se draguant parfois et s'embrassant, souvent. Mais moi jamais je ne reste. Peut-être parce que je n'ai pas d'amis. Et puis je déteste voir tous ces jeunes si souriants, si insouciants. Si heureux.

Une fois de plus je dois courir pour attraper mon bus. Un véritable cauchemar : mon sac se met à balloter dans mon dos, mes longs cheveux bruns voltigent devant les mes yeux, m'obligeant à lever régulièrement la main afin de les recaler derrière mon oreille, et à chaque fois j'arrive rouge et essoufflée, les cheveux en bataille. Pitoyable. Une fois de plus des regards interrogateurs me détaillent. Allez-y, regardez-moi, observez-moi, dévisagez-moi, si vous saviez comme je m'en fous.
Je descends enfin, heureuse de retrouver l'air frais. C'est fou comme dès qu'un mince rayon de soleil daigne pointer le bout de son museau, tout le monde se sens obligé de sortir les T-shirt sans manches. Résultat, les odeurs de transpiration émanant de toutes ces aisselles en liberté sont rapidement intenables. J'arrive en vue de ma maison, grise, sale, souillée par de grandes dégoulinades sous les fenêtres aux carreaux noircis de crasse. J'ai beau passer des heures à les frotter inlassablement, rien n'y fait. A croire que la saleté est littéralement incrustée dans le verre. Tout comme le malheur est incrusté dans toute la maison. Insensiblement, mon pas ralentit, comme si mon corps et mon esprit s'était ligués contre moi afin de m'empêcher de rentrer dans ce qui est pourtant mon foyer. Enfin, foyer...
« Maman ? Mamaaan ?? »
Mon appel resta sans réponse. Une peur intense, que je connais malheureusement très bien, pour l'expérimenter quasiment chaque jour, commence à m'envahir, en commençant par le bas. Mes jambes deviennent molles, molles, si molles que j'ai soudainement l'impression que je ne pourrais plus jamais me dégager de l'engourdissement familier qui s'empare de moi. Car je sais ce que je vais trouver. Chaque soir j'espère naïvement qu'il en sera autrement, que non, cette fois ce ne sera pas pareil à tous les jours précédents, que cette fois je trouverai ma mère simplement allongée sur son lit, indolente, en train de lire peut-être, ou simplement regardant par la fenêtre. Mais chaque soir la même situation se répète, et la folie que je sens poindre en moi est chaque fois plus envahissante, violente. Je voudrais m'allonger, à même le sol glacial, qui peut-être pourrait apaiser les battements désordonnés de mon c½ur et la brûlure dévorante de mon front. Mais je ne m'allonge pas. Je pose lentement mon sac, j'enlève mon manteau et le suspends, je grimpe l'escalier marche à marche, je me dirige vers la chambre de ma mère. J'ouvre la porte.
Et découvre le spectacle qui est maintenant devenu quotidien : ma mère vautrée en travers d'une large flaque de vomi, une main pendant lamentablement au-dessus du vide, à quelques centimètres d'une bouteille vide, qu'elle a dû laisser rouler avant de s'enfoncer dans les vapeurs tourbillonantes de l'alcool.
Comment peut-elle m'infliger ça, comment ? Depuis le départ de papa, elle se consume à petit feu, elle se désagrège et se dissout dans l'alcool. Mais elle ne se rend pas compte que dans le même temps, elle me détruit. Qu'elle m'abandonne. Et ça fait mal, si mal.
Mais je dois être forte, pour moi et pour elle, pour nous sortir de là, pour nous empêcher de sombrer dans le désespoir. Je dois avoir la force que ma mère n'a pas. Alors je me penche vers elle, la soulève délicatement et la porte jusque dans la baignoire.

Lycée Jean Moulin -deux

# Posté le jeudi 29 mai 2008 13:45

Modifié le mardi 03 juin 2008 12:19

Lycée Jean Moulin, Loïc [partie 1.5] Photo

Lycée Jean Moulin, Loïc [partie 1.5] Photo
Loïc est allongé dans la cour, seul. L'herbe fait frémir légèrement ses narines et le ciel est d'un bleu éclatant. S'il se relevait, il verrait Domitille essayant elle aussi de fuir le cours de français. Mais il est allongé et seul l'écran céleste s'étend devant ses yeux. Yeux qu'il ferme. Son esprit vagabonde, il pense à Charlotte sans s'en apercevoir, au énième cour qu'il est en train de sécher, se dit qu'il n'est pas à se place ici, ni nulle part ailleurs. Personne ne l'attend, qui ne se soucie vraiment de lui. A l'image de la cour et derrière ses airs de fête sans fin, sa vie sociale est un désert humain...

Il s'était endormi, et c'est le bruit de cloche qui le ramena à la réalité. Quand les premiers lycéens franchissent les portes de l'établissement, il agrippe son sac et file se réfugier dans les couloirs déserts. Il se laisse tomber sur le carreau froid et impersonnel, ferme les yeux, Y pense. Des pas dans le couloir, il soulève ses paupières, c'est Elodie. Quelle chieuse celle là. Elle le drague ouvertement dès qu'elle en a l'occasion, remuant sa poitrine avantageuse, jouant avec ses cheveux blond cendrés, clope au bec. Bon, c'est mort, elle l'a vu et vient le chercher par la main, lui demande s'il a encore séché en pouffant et l'entraîne devant le lycée. Romain, Estelle, Kevin, Yann, Amaury et Marine sont assis sur les marches qui font face à la porte principale. Autour d'eux, des têtes portant tel ou tel nom, après tout il se fout pas mal de relier la chose à l'être. Il oublie de toute manière. On le regarde, il se la joue un peu, tire une tafe sur la cigarette d'Elodie et, dans un mouvement nonchalant s'assied en face d'Amaury. Elodie s'allonge, pose sa tête sur ses genoux, il n'a même pas envie de la repousser.
Les autres parlent, il serait incapable de dire de quoi. Il regarde au loin, quelqu'un. Une brune qui rit aux éclats dans les bras d'un autre. Yeux bleus, Charlotte. La fille inaccessible par excellence. Rien à lui reprocher, aucune présence peu glorieuse à une fête, un alignement de quinze et un flopée d'amis du même acabit. Et un petit ami.
Une voix martelle avec insistance au seuil de ses pensées, il se tourne, c'est Estelle. Ses lèvres bougent, parlent. De quoi ? A qui ? Lui ?
- Tu compte faire quoi ?
Il sait maintenant ce qu'elle a dit avant. Il ne sais pas ce qu'il compte faire. Rien peut-être. Il hausse les épaules avec un petit sourire, Estelle abandonne, se tourne vers un type malingre et entame une discussion animée avec lui. Elle oublie vite. Mais Ces seuls mots font revenir à l'esprit de Loïc tout ce qu'il a voulu fuir... C'est vrai, qu'est-ce qu'il va faire ? Qu'est-ce qu'un ado est censé faire quand il découvre que son père s'est tiré avec les économies de son livret d'épargne et qu'il a laissé pour tout remboursement une mère dépressive au chômage et une gosse de 8 ans ? Il ne préfère pas y penser, il verra bien, fera la cuisine et s'occupera de la petite. Il verra bien jusqu'à quel point sa vie peut s'écarteler entre avenir et famille. Jusqu'à ce que cela craque d'un côté où de l'autre. Il prend les paris, se demande qui va le plus subir. Il verra. Ce refrain lui sauve la vie. Ou au moins l'esprit. On verra, on verra. Tu dois vivre l'instant présent. Il allume une clope. Infecte, sa bouche est pâteuse. Il simule, laisse supposer que ceci lui fait plaisir, sourit aux autres. C'était hier que son vieux s'est fait la malle. Il se sent mal, il n'est pas à sa place. Il n'a plus de chez lui de toute façon.

Petite-Prince

# Posté le samedi 17 mai 2008 06:32

Modifié le jeudi 12 juin 2008 19:23

Lycée Jean Moulin, Première.

Lycée Jean Moulin, Première.

Pour que l'idée du Lycée Jean Moulin ne reste pas lettre morte, voici le premier article concernant Domitille, jeune élève de première


Postée à sa place habituelle (cumulant l'avantage d'être à la fois à côté de la fenêtre et du radiateur), Domitille luttait pour ne pas s'endormir. Si on lui avait demandé de choisir, elle aurait préféré se trouver n'importe où dans le monde que dans cette salle de classe.
D'autant plus qu'en ce jour de mai, la cour ensoleillée semblait lui tendre les bras.
Elle jeta un rapide coup d'oeil à ses camarades de classe. Comme elle, les élèves somnolaient. D'ailleurs Romain, son voisin de droite, avait posé la tête sur sa table et commençait à ronfler.

Déblatérant son charabia habituel, Monsieur Rupert, professeur de Français de son état, tentait de battre le record du cours le plus soporifique. Si Domitille avait été dans le jury, elle lui aurait attribué le prix haut la main.
Les épreuves anticipées du baccalauréat étant en juin, la jeune fille se força à tendre l'oreille.
Il était question d'un poète. Un poète surréaliste.
S'il y avait bien une chose qu'elle détestait plus que les poèmes, c'était sans conteste les poèmes surréalistes. Car pour elle, si des strophes mélodramatiques ne rimaient pas, elles perdaient le peu d'intérêt qu'il leur restait.
Sans conviction, Domitille parcouru rapidement la photocopie que le professeur leur avait distribué au début de l'heure. Elle lu :


Je t'aime pour toutes les femmes que je n'ai pas connues
Je t'aime pour tous les temps où je n'ai pas vécu
Pour l'odeur du grand large et l'odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l'homme n'effraie pas
Je t'aime pour aimer
Je t'aime pour toutes les femmes que je n'aime pas



Qui était l'auteur de pareilles inepties ? Une note en bas de page indiquait sobrement : « Paul Eluard ».
Poussant un soupir, elle se félicita de ne pas avoir perdu son temps à écouter Rupert : si elle avait rêvé pendant toute l'heure, au moins, elle n'avait rien perdu.

Quelques coups frappés à la porte interrompirent le monologue de l'enseignant. Celle-ci s'ouvrit brusquement, laissant entrer une magnifique créature blonde, perchée sur dix bons centimètres de talons.
Léa Borowski faisait partie de l'équipe de surveillants du Lycée Jean Moulin.
« Une chose est sûre, songea Domitille, ce métier n'est absolument pas fait pour elle ».
En effet, passionnée par les escarpins et autres chaussures à talons hauts, celle-ci semblait beaucoup moins enthousiaste lorsqu'il s'agissait du quotidien de l'établissement.
La totalité des élèves étaient persuadés qu'on avait embauché Léa pour son physique. Il ne faisait aucun doute que le proviseur, un petit homme replet et chauve, l'avait seulement engagée pour son mètre soixante dix, ses cinquante-sept kilos, et sa poitrine avantageuse.

Comme de juste, les douze garçons de la classe dirigèrent leur regard vers le torse de la surveillante. Domitille fut simplement étonnée de voir que Monsieur Rupert, habituellement réfractaire à toute réalité matérielle, semblait troublé par la présence blonde.
L'adolescente eut seulement le loisir de murmurer « Ah, les hommes ! » avant que la cloche ne sonne.

# Posté le vendredi 16 mai 2008 12:01

Modifié le dimanche 18 mai 2008 17:52

Une histoire qui n'aura pas de suite à probrement parler, plutôt des tranches de vies qui se croiseront.

Pour la énième fois, l'idée d'écriture commune, je la relance. Je propose quelque chose qui nous laisse à la fois libres à la fois à la merci d'un fil conducteur, à l'auteur de voir ce qu'il préfèrera: inventer totalement une nouvelle existence, ou en relier d'autre afin de dessiner un nouveau personnage. Concrètement nous prendrons comme cadre le Lycée Jean Moulin, situé dans une ville moyenne de banlieue parisienne. On se focalisera sur une classe de première pour commencer (afin de mettre un peu en relation les personnages) et puis, quand certains le sentirons, on élargira au maximum. Petite note : essayez de varier les sexes et les personnalités des personnages.
Voilà, j'espère que ceci va vous remotiver et que l'idée vous plaira. :)
Petite-Prince

# Posté le mercredi 20 février 2008 13:08